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Municipales 2014 : NKM est une bonne candidate… que l’UMP va faire perdre

Paru le 2 janvier 2014 | Publié dans Régionales 2015

Retrouvez l’article sur le Plus du Nouvel Observateur à cette adresse.

NKM ne sera pas la seule à faire campagne à droite. Charles Beigbeder, écarté de la deuxième place sur la liste dans le 8e arrondissement, a présenté quelques noms de ses futures listes dissidentes. Difficile campagne à Paris donc. D’autant que l’orientation de l’UMP et la sociologie politique de la capitale est loin de l’aider, souligne le communicant Franck Gintrand.

Lors de ces élections municipales parisiennes, ce n’est pas NKM qui pose problème à l’UMP, c’est l’UMP qui pose problème à NKM. Bien sûr, la dissidence de Charles Beigbeder souligne une fois de plus le problème de la communication chaotique d’une personnalité parfois cassante et d’une droite chiraquienne qui n’en finit pas de mourir. Mais ne nous y trompons pas : le vrai problème de NKM c’est d’appartenir à l’UMP. Un parti aujourd’hui trop à droite pour espérer conquérir ou reconquérir des grandes métropoles, acquises au centrisme et à la modération.

Nathalie Kosciusko-Morizet lors d’une conférence de presse le 6 janvier 2014 à Paris (A.GUILLAUME/SIPA)

Des grandes villes par essence centristes

L’embourgeoisement croissant des grandes villes ne fait pas forcément les affaires de la droite. Ce phénomène a même plutôt profité ces dernières années à la gauche. Il est vrai que cette bourgeoisie urbaine, qu’on a l’habitude de qualifier de bobo, se positionne moins sur le registre de la tradition que sur celui de la modernité. Une modernité incarnée aujourd’hui par une adhésion à la mondialisation, à l’écologie, à un libéralisme économique tempéré et à un progressisme sociétal assumé.

Cette ouverture d’esprit s’exprime sur le terrain politique par une philosophie centriste et un refus des clivages traditionnels. Une conception du monde qui peut amener à voter aussi bien à gauche qu’à droite, dès lors que le candidat s’affichera comme un modéré.

On retrouve le même phénomène à Lyon, où le PS s’est imposé en 2001 après une longue période d’alternance entre l’UDF et le RPR grâce à la personnalité de Gérard Colomb, mais aussi à Strasbourg et à Toulouse récemment passées à gauche après avoir été dirigées par la droite. De la même manière, Marseille, certes moins bourgeoise mais tout aussi ouverte sur le monde, pourrait très bien repasser aujourd’hui à gauche.

NKM, un choix pertinent pour Paris

Face à cet électorat spécifique, NKM était la meilleure candidate que la droite pouvait espérer. Ancienne Secrétaire d’État chargée de la Prospective et du Développement de l’Économie numérique, Ministre de l’Ecologie, auteur d’un pamphlet anti-FN en pleine campagne présidentielle, abstentionniste lors du mariage pour tous, NKM affiche un profil modéré attendu par les parisiens.

C’est d’ailleurs cette adéquation qui explique que, malgré des dissidences à répétition, NKM continue d’afficher des intentions de vote honorables et bénéficie d’un jugement positif quant à ses compétences.

Selon le dernier sondage Ifop [1], elle engrangerait 47,5% des voix au second tour et à la question « ferait-elle un bon maire ? » [2], 47,5% des sondés répondent positivement, à égalité avec la candidate socialiste. Pour rappel, à la même période en 2008, Françoise de Panafieu affichait 43% d’intentions de votes au second tour [3]

Où sont donc les 3% qui manquent à NKM pour remporter la mairie de Paris ? La réponse est à chercher parmi l’électorat centriste qui aurait pu être tenté par l’aventure, mais qui ne peut se résoudre à voter pour un candidat estampillé UMP.

UMP, une étiquette trop à droite pour NKM

Pour de multiples raisons, l’UMP incarne une droite plus à droite aujourd’hui qu’hier. En soutenant ouvertement les franges les plus radicales de l’opposition au mariage pour tous, en votant à 38, 67% pour les motions les plus dures du parti – la droite forte à 27,8% et la droite populaire à 10,87% – lors de son dernier congrès en novembre 2012 et en entretenant un rapport extrêmement équivoque à la mondialisation, l’UMP s’est fortement désengagé du centre droit pour tenter de contenir la progression du FN.

Un positionnement général au sein duquel NKM fait figure d’OVNI et qui se traduit à Paris par une multiplication des candidats de droite, qui, eux, s’estiment être les véritables Hérauts du parti. Dernier en date : Charles Begbeider qui s’affiche très clairement comme un libéral-conservateur, défenseur de l’identité nationale et des valeurs familiales.

Si cette stratégie peut s’avérer pertinente à l’échelle d’un pays dont la population, à l’instar de la plupart des populations européennes, glisse de plus en plus à droite, elle s’avère être en décalage complet avec les grandes métropoles, qui sont tous sauf le reflet de l’électorat national.

Une défaite annoncée

Autant le candidat Sarkozy a pu éviter la catastrophe électorale en 2012 grâce à une campagne très à droite, autant les mêmes recettes conduiront la droite à sa perte à Paris, Lyon, Strasbourg, Toulouse et peut-être Marseille. Sans oublier que le centre est bien trop faible à un niveau national pour servir de refuge à des candidatures de centre-droit dans les grandes villes du territoire.

Se résigner à perdre des grandes villes pour espérer l’emporter aux présidentielles, tel est aujourd’hui le choix implicite de l’UMP, dont NKM risque fort de faire les frais.

Et des efforts en matière de communication n’y changeront probablement rien.

Franck Gintrand

Global Conseil Corporate

[1] Le sondage a été réalisé par internet du 13 au 17 décembre auprès d’un échantillon de 920 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 1.030 personnes, représentatif de la population de la ville de Paris, âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas)

[2] Sondage Ipsos réalisé les 14 et 15 novembre auprès de 804 personnes, à la demande de l’équipe d’Anne Hidalgo, selon la méthode des quotas

[3] Sondage CSA-Dexia pour Europe 1, « Aujourd’hui en France »/ »Le Parisien », paru le vendredi 1er février 2008, réalisé par téléphone les 29 et 30 janvier, auprès d’un échantillon représentatif de 802 personnes âgées de 18 ans et plus inscrites sur les listes électorales à Paris (méthode des quotas).