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Et si le FN sortait affaibli des municipales ?

Paru le 20 juin 2013 | Publié dans Enjeux institutionnels

Publié dans Le Cercle Les Échos le 18 juin

Après avoir réalisé une très bonne performance aux présidentielles Marine Le Pen ne cache pas son ambition d’ancrer le FN au niveau local. Une bataille qui semble en réalité perdue avant même d’avoir commencé et qui pourrait même affaiblir le parti.

Un manque de crédibilité

Sur le terrain du positionnement idéologique, le Front national n’est pas forcément armé pour réussir un ancrage local. Dans les esprits, la force spécifique de ce parti continue de reposer sur la double critique de l’insécurité et de l’immigration. Bien sûr, les villes où ces questions sont conçues comme problématiques par les habitants sont légion, mais très rares sont celles qui placent l’insécurité et l’immigration devant toutes les autres priorités. Dans un contexte de crise économique, le débat aura plutôt tendance à se focaliser sur la fiscalité et le développement économique, l’urbanisme et le logement social. Autant de sujets sur lesquels le FN n’a pas de positions foncièrement différentes de celles de la droite.

Un manque de troupes

En termes de candidats, la difficulté semble aussi grande. Aux élections municipales, la légitimité des têtes de liste compte autant, sinon parfois plus, que l’étiquette politique. Une vraie difficulté pour le FN dont les militants sont à la fois peu connus et rarement représentés au sein des conseils municipaux. Un chiffre résume à lui seul la situation : aujourd’hui, le parti d’extrême droite ne dispose que de 63 conseillers municipaux dans toute la France. Aucun maire n’est étiqueté FN. Même aux élections législatives où la logique de parti domine pourtant très nettement, les parlementaires frontistes (ou proches du FN) doivent autant leur victoire à la « marque » Marine Le Pen qu’à leur propre nom. Autant dire qu’au niveau local, la difficulté sera d’autant plus grande pour des candidats largement inconnus de leurs concitoyens.

Un discours peu en phase avec le monde rural

Cette double caractéristique (idéologique et personnelle) des élections municipales est exacerbée pour le FN en milieu rural. On le sait, Marine Le Pen a fait des campagnes la terre de conquête du Front pour les prochaines élections. Le thème a largement été relayé par les médias, on y parle des « oubliés », population du nouvel espace rural/périurbain français où le FN réalise ses meilleurs scores. Mais le basculement vers un discours sur les problématiques spécifiquement rurales n’a rien d’une évidence. Le discours de Châteauroux de février 2012 a donné un ton très maurassien aux éléments de langage de Marine Le Pen sur la ruralité, se référant à une France paysanne, fière de sa terre. Un discours dans lequel les citadins fraîchement installés ou les populations non agricoles de ces villages, fraichement arrivées des quartiers populaires de la ville, ont peu de chance de se reconnaître.

Des communes peu politisées

La question des candidats risque d’être encore plus épineuse au niveau des petites communes peu politisées. Si le parti de Marine Le Pen est arrivé en tête au premier tour des présidentielles dans près de 1 000 communes, dont 839 de moins de 3 500 habitants, la transformation de ces résultats aux municipales dans des communes où l’apolitisme domine largement semble relever de la gageure. En France, plus de 70 % des communes de moins de 3500 habitants françaises ont élu en 2008 un maire sans étiquette. Il est vrai que dans ces villages où tout le monde se connait, la question de l’engagement politique – et qui plus est sous sa forme radicale – est par définition problématique.

Porter une liste FN signifie être identifié dans sa commune comme un défenseur de Marine Le Pen et de sa ligne idéologique. C’est risquer de se brouiller avec l’immense majorité des habitants du village. Enfin, quand bien même le FN remporterait quelques villages, on voit mal comment Marine Le Pen pourrait présenter ces victoires comme le signe d’un changement politique majeur. Sans listes présentes dans ces petites communes, même l’abaissement du seuil de population à partir duquel les conseillers municipaux sont élus à la proportionnelle (de 3 500 à 1 000 habitants) ne permettra pas au FN de s’implanter au niveau local.

En faisant des élections municipales un test pour son parti, et donc un pari personnel, Marine Le Pen prend le risque que la conquête de quelques villes emblématiques apparaisse plus comme anecdotique que comme un franc succès électoral. Ce scrutin où les électeurs votent pour un projet communal porté par une personnalité locale pourrait bien confirmer de façon particulièrement éclatante la faiblesse majeure du FN : son absence d’ancrage et d’élus.

 

Franck Gintrand
Global conseil
Lefildelopinion