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La communication politique vue par Le Monde

Paru le 16 mai 2013 | Publié dans Enjeux institutionnels

Bien que constamment critiquée, la communication politique et ses métiers fascinent. A chaque fois la réflexion oscille entre deux interrogations récurrentes et quelque peu contradictoires : quelle légitimité ? Quelle efficacité ?

D’un côté c’est l’existence même des conseillers en communication politique qui est dénoncée, de l’autre c’est leurs erreurs et succès qui sont moqués ou admirés, mais en tout cas, toujours scrutés.

 

Qui sont en réalité les conseillers en communication ? Début de réponses dans un ensemble d’articles publiés dans Le Monde le vendredi 10 mai 2013 et disponibles en ligne sur le site du quotidien dans le dossier dédié : La communication, opium du politique ?

 

1. De l’ombre à la lumière, des gourous trop exposés. Philippe Riutort

 

Le contenu : En passant de l’ombre à la lumière et en s’exposant auprès des médias, les conseillers en communication politique oublient trop vite les leçons de Jacques Pilhan. Ils prennent le risque de devenir eux-mêmes des personnages publics et de constituer ainsi un handicap pour leurs clients. En s’exposant, les conseillers attirent l’attention des journalistes, qui finissent par commenter d’avantage la forme que le fond.

 

Notre point de vue : de manière générale et au-delà des hommes qui la font, une bonne communication est une communication qui ne se voit pas.

 

2. Un technicien de l’opinion pour Hollande. Gérard Colé

 

Le contenu : Le conseiller en communication digne de ce nom ne peut pas se contenter de mettre en scène une conférence de presse ou de relooker son client. Aujourd’hui, des émissions comme « Le Petit Journal » décryptent et démontent trop vite les coups de com. Le bon conseiller en communication, « technicien de l’opinion » pour Colé, doit se préoccuper avant tout de l’opinion (et un peu moins des journalistes), de sa structure, de ses angoisses, de ses attentes et de la meilleure manière de s’y adresser.

 

Ce technicien doit offrir au décideur un véritable tableau de bord de l’opinion pour que celui-ci puisse gouverner en toute connaissance de cause. Jamais le conseiller ne décide à la place du politique. Néanmoins, une fois les décisions prises, il devra proposer une histoire, avec un début et une fin, sur le long terme. Avec un cap, un continuum, pour rester cohérent et crédible malgré les remous médiatiques. Pour ne pas donner l’impression de subir et d’être dans la réaction.

 

Enfin il faudra choisir les bons canaux pour relayer cette histoire : privilégier la télévision en ayant conscience des risques, ne pas perdre trop de temps sur les nouveaux médias, trop hystériques.

 

Notre point du vue : enfin un article qui rappelle la hiérarchie à respecter entre le message et les supports en matière de communication.

 

3. Omniprésents, les « spin doctors » infligent un coût moral à la démocratie. Alain Garrigou.

 

Le contenu : les conseillers en communication nuisent à la démocratie pour deux raisons. Parce qu’ils coûtent chers au contribuable et parce qu’ils font des citoyens de simples cibles publicitaires. En appliquant des notions de marketing à la politique – étude de marché, segmentation, focus groups, présentation publicitaires des programmes, candidats et décisions, les conseillers en communication transforment la politique en produit de consommation et dénaturent la démocratie.

 

Notre point de vue : l’auteur part d’un postulat fort pour soutenir son propos : les citoyens, dénués d’esprit critique, seraient incapables de différencier acte d’achat et acte de vote. Cela reste à prouver.

 

4. Le numérique, peu investi par les politiques, Facebook et Twitter, lieux de la société civile. Dominique Cardon.

 

Le contenu : Il y aurait une séparation de la politique entre deux espaces publics : les médias d’un côté, les conversations des citoyens de l’autre. La crise de la représentativité viendrait du cloisonnement de ces deux espaces.

 

Face à cette crise, le numérique prétend être une passerelle. C’est l’espace où les conversations de citoyens cessent d’être de simples paroles pour devenir des écrits et s’exposer ainsi à la sphère mediatico-politique. Plus encore, le numérique permettrait des échanges sans intermédiaires et une démocratie plus directe, plus participative.

 

A cette vision utopique un bémol : le numérique politique reste un entre soi. C’est pour le moment un espace qui regroupe des journalistes, des politiques, des militants et au mieux des internautes passionnés par la chose publique. Mais il est faux de penser qu’on puisse rencontrer sur le net la France électorale dans toute sa diversité.

 

S’il est bien sûr avéré que le numérique permet un enrichissement de l’information politique, via les sites, blogs et réseaux sociaux, rien ne permet de dire que cet espace permet de s’adresser à l’opinion dans son ensemble. En réalité cette information augmente principalement les ressources de ceux qui sont déjà très informés et dont les choix politiques sont acquis et stables.

 

La conversation directe entre politiques et internautes n’est pas encore considérée comme un moyen efficace de s’adresser à l’opinion dans son ensemble et le numérique ne peut pas être véritablement envisagé comme une terre de conquête politique. C’est au mieux un espace de diffusion et d’archivage d’informations à disposition des plus curieux et, éventuellement, de mobilisation de sa base électorale.

 

Notre point de vue : Il était temps que quelqu’un relativise l’impact des nouvelles technologies sur la politique.

 

5. Rivalité courtoise entre journalistes et communicants. Jean-Baptiste Legavre.

 

Le contenu : atteindre les journalistes devient de plus en plus facile pour les conseillers en communication politique : les rédactions n’ont plus les moyens d’aller chercher les infos alors qu’il faut sortir toujours plus d’articles. Néanmoins les journalistes, jaloux de leur indépendance, cherchent en permanence à décrypter les stratégies des conseillers en communication De leur côté, les conseillers ne peuvent pas se passer des journalistes s’ils veulent assurer une exposition médiatique efficace à leurs clients.

Journalistes et communicants sont donc condamnés à être des  « associés-rivaux », contraints d’accepter des compromis parce qu’indispensables l’un pour l’autre.

 

Notre point de vue : rien de nouveau sous le soleil !

 

David Nguyen